Sous Linux, la suite iproute2 a remplacé les anciens utilitaires du paquet net-tools (notamment le vénérable ifconfig). Au cœur de cette boîte à outils, la commande ip link intervient spécifiquement sur la couche liaison de données (couche 2 du modèle OSI). Elle permet d’administrer directement les interfaces matérielles et virtuelles sans se préoccuper de l’adressage IP.
Lister et comprendre l’état des interfaces
Pour afficher la liste de toutes les interfaces réseau présentes sur le système, la commande s’utilise sans argument ou avec l’option show :
ip link show
Le résultat détaille plusieurs informations capitales pour le diagnostic réseau :
- Nom et index : le numéro d’ordre suivi du nom de l’interface (par exemple eth0, ens33 ou lo).
- Drapeaux (flags) : des indications comme UP (l’interface est administrativement activée) et LOWER_UP (la porteuse physique est détectée, le câble ou le lien virtuel est fonctionnel).
- MTU (Maximum Transmission Unit) : la taille maximale des paquets pouvant être transmis sans fragmentation (habituellement 1500 octets sur Ethernet).
- Adresses MAC : repérées par link/ether pour les interfaces Ethernet, accompagnées de l’adresse de broadcast (brd).
- Interfaces virtuelles et tunnels : les périphériques de type tunnel sit ou 6in4 apparaissent également avec leurs caractéristiques d’encapsulation.
Si vous travaillez sur des configurations de transition IPv6, vous pouvez d’ailleurs créer un tunnel 6in4 sous Debian qui apparaîtra sous cette même forme dans le listing.
Activer, désactiver et renommer une interface
L’administration quotidienne réclame régulièrement de couper ou de relancer un lien réseau. Pour couper une interface :
ip link set dev eth0 down
À l’inverse, pour l’activer :
ip link set dev eth0 up
Il est également possible de renommer une interface réseau, par exemple pour standardiser un nom de port sur un serveur multi-cartes. L’interface doit obligatoirement être désactivée avant d’effectuer l’opération :
ip link set dev eth1 down
ip link set dev eth1 name wan0
ip link set dev wan0 up
Modifier l’adresse MAC et la MTU
Dans le cadre de tests ou pour adapter le réseau à des trames géantes (jumbo frames), ip link autorise la modification de la MTU en une seule ligne :
ip link set dev eth0 mtu 9000
De la même manière, si vous devez temporairement usurper ou réinitialiser une adresse MAC matérielle :
ip link set dev eth0 down
ip link set dev eth0 address 00:11:22:33:44:55
ip link set dev eth0 up
Surveiller les statistiques de trafic
Pour aller plus loin que le simple état d’un port, l’option -s (ou -stats) fournit les compteurs d’erreurs, de paquets abandonnés (dropped) et de collisions :
ip -s link show dev eth0
Cette commande est un réflexe indispensable dès que vous soupçonnez un câble défectueux, des pertes de paquets ou un problème de négociation sur le commutateur.
Aller plus loin dans le diagnostic réseau
La commande ip link se concentre sur la couche 2. Une fois vos liens fonctionnels et actifs, la suite logique consiste à vérifier les couches supérieures. Vous pouvez notamment afficher l’IPv6 d’une interface à l’aide de la commande complémentaire ip addr. Si le problème persiste au niveau applicatif, inspecter les flux actifs vous demandera d’afficher les connexions socket pour vérifier l’écoute des services.




