La surveillance de l’espace de stockage est un réflexe fondamental en administration système. Un système de fichiers saturé peut bloquer une base de données, geler un service web ou empêcher la création de nouveaux fichiers de logs. Pour auditer rapidement l’occupation de vos disques sous Linux comme sous Solaris (SunOS), l’outil de référence reste la commande df (disk free), complétée par quelques utilitaires modernes.
L’incontournable commande df sous Linux
Sous Linux, la version GNU de l’utilitaire df offre une grande souplesse d’affichage. Par défaut, la commande retourne les valeurs en blocs de 1 Ko, ce qui est peu lisible en exploitation courante.
Pour obtenir un aperçu immédiat et lisible par un être humain (en Mo, Go ou To), on utilise le commutateur standard :
df -h
Pour aller plus loin et identifier la nature de chaque point de montage, ajoutez l’option -T afin d’afficher le type de système de fichiers (ext4, xfs, btrfs, tmpfs) :
df -Th
Si vous devez filtrer l’affichage pour exclure les faux positifs (comme les systèmes de fichiers temporaires tmpfs), vous pouvez cibler un type précis avec l’option -t :
df -t ext4 -t xfs -h
Pensez également à vérifier les inodes avec df -i. Un disque peut refuser l’écriture même s’il lui reste plusieurs gigaoctets libres si la table d’allocation des inodes est saturée par des millions de micro-fichiers temporaires.
Afficher la topologie des partitions avec lsblk
Alors que df s’intéresse aux systèmes de fichiers montés, lsblk présente la hiérarchie physique des disques et de leurs partitions, y compris celles qui ne sont pas encore associées à un répertoire.
lsblk -o NAME,FSTYPE,SIZE,MOUNTPOINT,LABEL
Cette commande est particulièrement utile pour repérer un volume LVM ou un disque récemment rattaché à une machine virtuelle avant de procéder à son formatage. Si vous déployez sur des environnements Debian ou Ubuntu, vous pouvez par exemple verifier la version d’ubuntu pour adapter vos procédures d’administration de stockage.
Le cas particulier de Solaris et SunOS
Sous Solaris, le comportement historique des outils UNIX présente quelques subtilités. Selon la version du système (Solaris 10, Solaris 11 ou distributions illumos), la version de df présente dans /usr/bin/df ne gère pas toujours le paramètre -h de la même façon que sous Linux.
- Pour une compatibilité universelle, l’option standard en kilooctets est la plus sûre : df -k
- Pour forcer un affichage human-readable sur les versions modernes : /usr/xpg4/bin/df -h ou df -h sur Solaris 11.
Sur les architectures Solaris exploitant massivement ZFS, l’utilitaire classique df peut afficher des chiffres trompeurs en raison des mécanismes de quotas, de réservation et de déduplication. Dans cet environnement, il est préférable de privilégier les commandes natives de ZFS :
zfs list
zpool list
Ces commandes fournissent la vue exacte de l’espace disponible au sein du pool de stockage partagé.
Diagnostiquer et réagir en cas d’alerte
Lorsque vos partitions approchent des 90 % d’occupation, il convient d’agir méthodiquement. Utilisez du -sh /* pour localiser les répertoires volumineux sans bloquer les I/O du serveur. Si une anomalie matérielle survient ou si un système de fichiers se remet en lecture seule suite à une erreur disque, consultez immédiatement les journaux système avec un debug avec dmseg pour inspecter les traces laissées par le noyau.
De même, sur les serveurs applicatifs Solaris où les disques saturés entraînent souvent un pic d’attente I/O dégradant le système, surveillez en parallèle la charge globale via un outil dédié tel que présenté dans notre mémo sur la consommation cpu solaris prstat.




